Panorama du Front de Seine ǀ © Paris Kontrast

Tours du Front de Seine: un pur exemple de l’Architecture moderne

Publié le 22/09/2012 par piahoelz

Dieser Artikel ist auch verfügbar in: Allemand

Non loin de la Tour Eiffel, sur la rive gauche de la Seine, entre le pont Mirabeau et le pont Bir-Hakheim, on peut voir un pur exemple du Courant moderne dans l’architecture: le quartier des tours du Front de Seine.

Le Modernisme dans l’histoire de l’architecture

Pour comprendre le Courant moderne dans l’architecture, il faut remonter jusqu’à la fin du 18e siècle. Un petit groupe d’utopistes, parmi lesquels l’architecte français Claude-Nicolas Ledoux, a remis en question les théories architecturales du baroque, basées sur la mise en relation et la hiérarchie. Ils ont inventé le principe d’autonomie, totalement nouveau: rien ne devait plus être relié à quoi que ce soit et rien ne devait plus dominer. Les idées de ce mouvement trouvèrent cependant peu d’écho par la suite. C’est seulement dans la période de l’après-guerre que ces principes ont ressurgi grâce à de nouveaux théoriciens. Leurs thèses ont été développées en Allemagne et en Union soviétique, et elles ont été formalisées par Le Corbusier dans sa Charte d’Athènes.

Théorie du moderne

La théorie de l’Architecture moderne (ou Courant moderne, ou Modernisme) s’appuie sur l’autonomie, le refus de la hiérarchie et la séparation entre les zones fonctionnelles et la circulation humaine ou automobile. Quatre fonctions de construction urbanistique sont identifiées: habiter, travailler, se reposer et se mouvoir, et cinq principes architectoniques se dégagent: le jardin sous le bâtiment, le toit-terrasse, le plan libre, la fenêtre en longueur et la façade libre. Le quartier du Front de Seine, construit en 1970 par les architectes Raymond Lopez et Henry Pottier, a été conçu radicalement selon ces théories.

Construire verticalement

Construit en verticale et non à l’horizontale, le quartier se visse dans le ciel avec une vingtaine de tours d’environ 100 mètres de hauteur. L’ensemble est construit sur une dalle située à 6 mètres au-dessus de la surface du sol, afin de bien séparer le trafic des voitures et celui des piétons. Les places de parking et les garages se trouvent en dessous de cette dalle. On s’approche des immeubles en empruntant des escaliers, des rampes ou des escaliers mécaniques invisibles et mal entretenus, les escalators sont d’ailleurs presque tous hors service. De toutes façons, il faut d’abord les trouver, tout comme les panneaux de signalisation, bien cachés. Pour cette ballade, il est nécessaire d’avoir envie d’un peu d’aventure!

Cheminée du Front de Seine © Paris KontrastLa Cheminée du Front-de-Seine

Un bon point de départ est par exemple le Square Bela Bartók sur la Place de Brazzaville. Le jardin a été inauguré en 1981 à la gloire du compositeur hongrois. Tout près de là se trouve le « coeur » du quartier: la Cheminée du Front-de-Seine, aussi appelée cheminée de Grenelle. Cette cheminée qui est utilisée pour le chauffage urbain et qui rayonne en blanc dans le ciel fait concurrence à la Tour Eiffel toute proche. Et avec ses 130 mètres de haut, elle peut se le permettre: c’est la plus haute construction du 15e arrondissement et la 4e plus haute dans tout Paris, après la tour Eiffel (324 m), la tour Montparnasse (210 m) et l’Hôtel Concorde-La Fayette (137 m). Sans compter naturellement le quartier des tours de la Défense, à l’ouest de Paris. Le créateur de la Cheminée du Front de Seine, François Stahly, est originaire d’Allemagne: né à Constance en 1911, il a passé sa jeunesse en Suisse et s’est installé à Paris au début des années 1930. Sa cheminée a été construite entre 1970 et 1971.

Tour Totem

Près de la statue en bronze érigée en l’honneur du compositeur Bela Bartók se trouve un escalier dérobé qui permet d’accéder à la dalle. A droite, un pont en bois mène aux tours Seine, Evasion 2000, Mars et Mercure. La tour Seine, érigée en 1970, est l’une des plus anciennes. C’est d’ailleurs là que se trouve le siège du célèbre groupe d’éditions Hachette Livre.
Si on revient sur le pont et qu’on se dirige un peu plus vers l’ouest, on pourra découvrir d’autres bâtiments impressionnants. Construite en 1978, la tour Totem, au 55, quai de Grenelle, est l’une des plus intéressantes au point de vue architectonique (qui associe l’art et la technique de la construction). Les architectes Michel Andrault et Pierre Parat ont fait en sorte que le squelette de cette tour de 98 mètres de haut soit apparent. Les piliers en béton sont visibles sur toute la hauteur de l’édifice. C’est à l’intérieur de ces piles que sont situées les cages d’escalier. La tour consacrée à l’habitation comprend 31 étages et 207 appartements, qui sont « rapportés » en grappe vers le mur extérieur sous forme de blocs vitrés.

Hôtel Novotel Paris Tour Eiffel

A noter aussi l’Hôtel Novotel Paris Tour Eiffel des architectes Julien Penven et Jean-Claude Le Bail, au 61, quai de Grenelle. La tour, construite en 1976, compte 764 chambres, la capacité d’un des plus grands hôtels de Paris. La tour a 98 mètres de hauteur et 31 étages. Elle est particulièrement remarquable pour sa façade en aluminium avec 1.068 fenêtres encadrées de rouge.

Tour Cristal

La dalle ne peut actuellement pas être traversée de bout en bout à cause des travaux en cours. Pour gagner la prochaine étape de notre visite, il faut traverser la rue Linois. Dans la rue des quatre frères Peignot, on tourne à droite dans la rue de l’ingénieur Robert Keller. Au bout de la rue se dresse un autre gratte-ciel sensationnel: la tour Cristal. La dernière tour du quartier du Front de Seine a été érigée en 1990. Sa conception est signée par les architectes Julien Penven et Jean-Claude Bail. Le gratte-ciel ressemble à une grande sculpture en verre. Ses surfaces supérieures sont « taillées » à la manière d’un diamant. Les couleurs de la façade varient avec la lumière.

Tous les gratte-ciel ont la même hauteur d’environ 100 mètres, ce qui leur donne une impression de monotonie, selon certains observateurs. Dans les 30 à 32 étages de chaque bâtiment, on trouve 2/3 d’appartements et un tiers de bureaux, les habitations se trouvant dans les étages supérieurs et les bureaux dans les parties basses. Une autre ressemblance entre les tours est leur socle en forme de « taille de guêpe ». Il y a là une intention architectonique: libérer de l’espace pour les piétons.

Socle en "taille de guêpe"De l’Allée des cygnes toute proche, accessible par le pont de Grenelle à l’ouest ou le pont de Bir-Hakeim à l’est, on a un beau point de vue sur le panorama du Front de Seine. Au sud-ouest de l’allée se dresse une copie en bronze de la statue de la Liberté, du sculpteur français Frédéric Auguste Bartholdi.

Le projet du Front de Seine a été sévèrement critiqué dès le début de sa construction et reste aujourd’hui encore un sujet de discussion, contrairement au quartier des gratte-ciel de la Défense, pourtant un peu plus ancien (années 1960), qui est bien accepté par la population.

PLUS D’IMAGES >>

INFORMATIONS PRATIQUES:
M°: Bir-Hakheim, Dupleix (6), Charles Michels (10)

SOURCES:
Galy-Dejean, René: Le Front de Seine, Paris XVe. SEMEA XV.
Lopez, Raymond et Pottier, Henry: Front de Seine. 1 Rénovation urbaine.
Pfeiffer, Jacques : Un des premiers ensembles sur dalles. Le Front de Seine.

Traduit de l’allemand au français par Thérèse Hilbold, journaliste.

Download Artikel als PDF

Copyright © 2017