Sihanouk saute de joie dans les bras de son conseiller, à l'annonce de la fin de son exil en Chine © Michèle Laurent

Théâtre : l’émouvante Histoire de Norodom Sihanouk contée par de jeunes Cambodgiens

Publié le 15/10/2013 par theresehilbold

Une trentaine de jeunes acteurs et musiciens cambodgiens rejouent pour nous, à la Cartoucherie de Vincennes, l’Histoire tragique et suppliciée de leur pays, laminé par la dictature communiste et les impérialismes occidentaux et asiatiques.

Cette Histoire nous touche de près :  c’est celle de leurs parents et de leurs grands-parents, c’est aussi la nôtre, toute proche, et celle du monde occidental. Elle convoque la France de De Gaulle, l’Amérique de Kissinger, la Russie de Kossyguine, la Chine de Zhou EnLai, le Cambodge de Lon Nol et de Pol Pot et le Vietnam du maréchal Giap, qui vient de décéder à l’âge de 102 ans.

L’Histoire terrible mais inachevée de Nordom Sihanouk, roi du Cambodge est une immense fresque qui couvre une trentaine d’années, de l’indépendance du royaume en 1955 à l’entrée des Vietnamiens au Cambodge en 1979. Les « tigres » vietnamiens libèrent alors le Cambodge du joug sanguinaire des Khmers rouges, mais ils en profitent pour avaler tour rond le « chaton » cambodgien, une friandise qu’ils convoitent depuis des siècles …

La pièce, écrite par Hélène Cixous et créée en français par le Théâtre du Soleil d’Ariane Mnouchkine en 1986, a été traduite en khmer et recréée par la troupe cambodgienne du Phare Ponleu Selpak, née dans un camp de réfugiés.

Au départ, le projet était de jouer la pièce au Cambodge pour que les Cambodgiens puissent se réapproprier leur Histoire. Le roi Norodom Sihanouk, mort en 2012, avait donné son accord, son fils aussi, mais le gouvernement cambodgien a reculé à la dernière minute, le sujet étant trop sensible à la veille d’importantes élections et alors que les procès des cadres des Khmers rouges étaient encore en cours.

La pièce est donnée en deux époques, de chacune 3h30, mais elle donne à voir un tel tourbillon d’événements, de conflits, de rebondissements et d’émotions qu’à aucun moment on ne ressent cette longueur.

Au centre, fil directeur de l’histoire, la jeune actrice, San Marady, donne toute son épaisseur et sa complexité au  personnage du roi Sihanouk, dont les relations avec les communistes et les Khmers rouges ne sont pas exemptes d’ambiguïté ni de contradictions.

La petite comédienne au visage lunaire, sautillante, bondissante, pleine d’humour, est extrêmement douée et attachante. Elle montre le côté farce du roi – auteur de chansons et de mots piquants, mais aussi la noblesse et la grande culture du personnage qui citait Verlaine et Shakespeare dans le texte, son amour et sa compassion pour son peuple. On apprend a décrypter ces larges sourires asiatiques, une politesse qui cache des haines féroces, un mépris souverain et la plus profonde méfiance.

Pour le spectateur occidental, la rencontre avec le monde fantastique khmer, ses fantômes et ses revenants, est elle aussi saisissante. Norodom Sihanouk prend régulièrement conseil auprès de son père, le roi, décédé, tandis que les femmes du peuple discutent avec naturel avec la reine et ses suivantes, qui viennent leur rendre visite de l’au-delà…

On découvre aussi la force de l’amitié et de la confiance qui liaient Sihanouk à Zhou Enlai, ou à son conseiller, le seigneur Penn Nouth, interprété remarquablement par Preab Pouch, à son épouse ou encore à l’ambassadeur de France à Pnom Penh.

Pol Pot, aux sourcils charbonneux, et ses accolytes Khieu Samphân, Leng Sary ou les Gardes rouges sont des créatures caricaturales : monstres froids et sans culture, qui ont sur la conscience la mort de deux millions de leurs compatriotes au nom d’une utopique « pureté ».

Le jeu est néoexpressionniste, le décor ultra simple comme toujours au Théâtre du Soleil : un plateau nu, un rideau orange qu’on ouvre et qu’on ferme pour changer de scènes, des sièges pour les dirigeants de ce monde. Certains personnages enfourchent des vélos, symboles du monde moderne…

L'Histoire terrible mais inachevée de Norodom Sihanouk, roi du Cambodge, par Hélène Cixous
Mise en scène : Georges Bigot et Delphine Cottu, d'après la mise en scène d'Ariane Mnouchkine (1985)
Festival d'automne
Théâtre du Soleil/Phare Ponleu Selpak
Adresse: La Cartoucherie, 75012 Paris
Métro: Château de Vincennes, puis navette gratuite ou bus 112
www.theatre-du-soleil.fr

Jusqu'au 26 octobre,
1ère ou 2e époque en alternance
Durée de chaque époque : 3h30, entracte compris
Spectacle en khmer surtitré en français

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