Musique zoulou: les femmes du village de Ngono © Vincent Pontet

Les musiques arc-en-ciel du Festival d’automne

Publié le 25/09/2013 par theresehilbold

Traditionnelles ou contemporaines, vocales ou instrumentales, urbaines ou paysannes, chrétiennes ou païennes, mais toujours engagées, vibrantes : les musiques de la nation arc-en-ciel sont à découvrir ces mois-ci à Paris dans le cadre du Festival d’automne 2013.

Pas moins d’une centaine de chanteurs, instrumentistes et compositeurs sud-africains affluent à Paris à l’occasion de cette édition du festival qui accueille aussi de nombreux artistes, poètes, comédiens, peintres, metteurs en scène de ce pays… Une occasion unique de se plonger dans l’univers musical de cet immense pays en ébullition.

ISIGEKLE

Les femmes du village de Ngono, dans la région du KwaZulu-Natal, et le choeur d’hommes Mpumalanga White Birds ont ouvert la danse, dès le début du festival. Les deux ensembles chantent a capella des chants traditionnels zoulous, mais c’est à peu près tout ce qui les rapprochent.

Ces petites femmes ridées du village de Ngono, marquées par l’âge, de stature massive, ont la vitalité des guerrières. Elles écrasent le sol d’un pas lourd et rythmé, projettent avec force leurs jambes par-dessus tête, administrent des coups bien sentis avec les pieds et les poings à un adversaire invisible et se protègent avec un petit bouclier symbolique, qui ressemble à un jouet d’enfant.

Leur costume est remarquable : un pagne en perles de plastique colorées, un haut ajusté en tissu imprimé léopard, des colliers, des bracelets de bras, et une magnifique coiffe rouge en paille tressée, brodée de perles, qui couronne leur tête comme des impératrices et leur procure en même temps une auréole de sainte.

Et tout dansant, elles chantent en choeur des mélopées rythmées, répétitives, complexes. Leur chant puissant, qui comporte souvent des appels et des réponses, est souligné par les percussions métalliques attachées aux chevilles. Ce sont des capsules de bière martelées et percées. Deux chanteuses se servent de temps en temps d’un sifflet accroché autour du cou, semble-t-il pour donner le signal d’un changement, ou annoncer la fin prochaine du chant. Et puis soudain, au milieu d’un chant, on perçoit un clic, ces sons si particuliers émis avec les lèvres et la cavité buccale…

Ces femmes chantent et dansent l’isigekle, dont la tradition remonte au roi zoulou Chaka, au 19e siècle, lorsque l’empire zoulou était à son apogée. Leurs chants sont interprétés à l’occasion des mariages, cérémonies traditionnelles et célébrations rituelles.

Elles célèbrent les guerriers morts héroïquement pendant une rébellion, elles chantent aussi la désolation des veuves après la mort de leur époux tué à la guerre, l’abandon d’une femme par son mari qui en a choisi une autre, la destruction des moissons par un orage, mais aussi le sida, la polygamie (qui est inacceptable).

ISICATHAMIYA

Avec les White Birds, on est dans un tout autre univers. Les 15 chanteurs du groupe sont tirés à quatre épingles dans leur costume de ville noir, pli repassé du pantalon, gilet, cravate et pochette rouges, chaussures noires cirées comme des miroirs.

Le chef de choeur et maître des cérémonies, Mlungisi Ngubo, auteur de la quasi-totalité des chansons, tranche sur le groupe dans son costume d’un blanc immaculé. Il adore se mêler au public, serre des mains, invite des enfants ravis sur scène, et danse pour le plaisir de nos yeux.

L’isicathamiya, ce sont les « chansons de la nuit » que chantaient les mineurs dans les dortoirs des compounds, sur la pointe des pieds, en faisant le moins de bruit possible, pour ne pas réveiller les patrons. Choeur à quatre voix (soprano, alto, ténor, basse), chorégraphie réglée au millimètre, gestuelle soulignée par les gants blancs, les chansons ont pour thèmes des prières chrétiennes, mais aussi des hommages à Mandela ou la rébellion des étudiants, des plaintes amoureuses (« Elle ne s’est pas mariée »… avec moi !).

Mlungisi Ngubo, qui vient du township de Mpumalanga, près de Durban, a créé son groupe des White Birds à l’âge de 15 ans, en 1996, avec ses potes venus du même township. Il voulait prolonger la tradition chorale de ses ancêtres zoulous mais la musique a aussi permis au groupe d’échapper à la violence et à la misère ambiantes.

De très grands chanteurs et groupes ont popularisé le genre isicathamiya en occident comme Ladysmith Black Mambazo, Paul Simon, Miriam Makeba ou Johnny Clegg.

D’autres groupes viendront présenter de la musique traditionnelle sud-africaine au festival, mais cette fois de la région du Cap.

Le groupe des Cape Traditional Singers a été créé par le chanteur Anwar Gambeno pour faire connaître les répertoires choraux du Cap, avec ses « choeurs malais » aux influences musulmanes ou les afrikaans moppies, des chansons commiques qui se moquent de la violence dans les bidonvilles, de la TVA « sur le blé, sur la café mais pas sur les joints ». Ces chansons sont chantées et dansées pendant les défilés de carnaval.

C’est un choeur mixte accompagné d’instrumentistes à la guitare, au banjo, aux percussions. Anwar Gambeno est chanteur, directeur musical, compositeur de chansons, et il est lui aussi engagé dans des oeuvres caritatives pour sauver les jeunes de la drogue et de la violence.

Le Fezeka Youth Choir a, lui, été créé par Phume Tsewu, professeur d’anglais et vice-principal d’un lycée du Cap. Le musicien utilise le chant choral pour former ses élèves à la musique. Il a découvert nombre de chanteurs à la voix remarquable parmi ces jeunes et les a poussés vers des études musicales valorisantes. Son répertoire est fait de cantiques et de chants profanes.

ARCS ET CLICS

A découvrir au festival cette année les étranges sonorités des arcs musicaux et des clics, ces bruits qui correspondent à des consonnes et qui sont émis avec les dents et la bouche, sans l’aide des poumons.

Au programme figurent trois concerts d’arc musical, l’un des instruments les plus anciens du monde, dont on fait remonter l’apparition à 17.000 ans. On a pu entendre en septembre le musicien de jazz et pianiste Kyle Shepherd jouer du xaru (arc en bouche de l’ethnie khoikhoi).

En octobre, la musicienne Mantombi Matotiyana jouera de l’umrhubhe (arc à corde frottée du peuple xhosa) et Ncebakazi Mnukwana jouera de l’uhadi (arc à corde frappée également xhosa).

Le xaru se sert de la bouche comme caisse de résonance, alors que l’uhadi se sert d’une calebasse. Les deux ont une corde qu’on fait vibrer en la frottant ou en la frappant avec une baguette.

Le paradoxe, c’est que l’un des instruments les plus vieux du monde soit utilisé pour créer de la musique contemporaine.

Kyle Shepherd a créé Xamissa, une commande du Festival d’automne.

A plus de 80 ans, Mantombi Matotiyana, qui est considérée comme l’une des plus fines spécialistes de l’arc umrhube, a accepté de se prêter au jeu : elle participe à une création de musique électronique de Michael Blake, une commande du festival.

LES ENFANTS AUSSI

Deux projets à destination des scolaires vont permettre aux enfants de participer à des ateliers pour découvrir les sonorités d’une langue à clics, comme la langue des Xhosa, apprendre des chansons à clics, fabriquer un arc musical et en jouer.

Des enfants de 8 à 12 ans vont pouvoir rencontrer des chanteurs sud-africains invités et pourront communiquer avec des enfants sud-africains par skype. Quatre classes (seulement) sont invitées à ces ateliers. Mais les autres enfants sont invités au Théâtre de la Ville, début octobre, pour des ateliers de fabrication d’arcs musicaux.

Toute la programmation, toutes les coordonnées du Festival d'automne :

www.festival-automne.com

156, rue de Rivoli, 75001 PARIS

Tél. : 01.53.45.17.00

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