Une salle du musée Gustave Moreau ǀ © Thérèse Hilbold

Le Musée Gustave Moreau, à découvrir dans le 9e arrondissement

Publié le 28/06/2013 par theresehilbold

De la rue, on ne se doute de rien, mais il suffit de pousser les portes de cette petite maison bourgeoise, à la façade néo-classique, pour se trouver dans un musée à l’atmosphère tout à fait exceptionnelle…

Ce musée est en effet un véritable temple que le peintre Gustave Moreau a soigneusement édifié autour de son œuvre, au sein de la maison familiale. L’artiste avait là son atelier et son appartement, et il y a vécu et travaillé pendant près d’un demi-siècle, jusqu’à sa mort en 1898.

Dans un premier temps, on s’aventure dans ces lieux avec presque le sentiment de violer l’intimité d’une vie privée : on pénètre dans la chambre de la mère de l’artiste, on aperçoit des objets chéris dans le salon familial, des photos de sa « meilleure et unique amie », Alexandrine Dureux, des meubles chargés de souvenirs. Gustave Moreau a vécu là des dizaines d’années avec son père, architecte célèbre, et sa mère à laquelle il était très attaché. Après leur décès, il est resté seul dans cette maison jusqu’à la fin de sa vie.

La chambre de la mère de l'artiste ǀ © Thérèse Hilbold

L’appartement n’a été ouvert au public que tout récemment.

La visite nous mène ensuite dans les étages qui abritent de vastes salles aménagées en musée par le peintre lui-même et léguées à l’Etat après sa mort. Les fenêtres plongent sur le même jardin qu’il y a un siècle.

Un magnifique escalier en fer hélicoïdal attire les regards, force l’admiration. Les murs sont entièrement recouvert des chefs d’oeuvres du peintre, des huiles de dimensions souvent monumentales. Le visiteur peut aussi consulter des milliers de dessins présentés dans des meubles à panneaux verticaux mobiles, tandis que dans une salle du haut, un meuble tournant imaginé par Moreau lui-même contient toutes ses aquarelles…

Escalier hélicoïdal ǀ © Thérèse Hilbold

Gustave Moreau, qui était à la fois un coloriste et un dessinateur remarquable, a voulu nous permettre de nous immerger dans son univers en y rassemblant l’ensemble de sa production, en faisant des copies des oeuvres qu’il avait vendues.  La manière de ce grand maître du 19e siècle fut  d’abord académique, puis symboliste. Vers la fin de sa vie, il  a évolué vers une peinture originale, moderne et parfois même abstraite.

Sans aucun doute, plusieurs visites sont nécessaires pour pénétrer dans un univers aussi riche.

On est d’abord frappé par les thèmes mythologiques, bibliques ou littéraires, les grandes figures de Salomé, Europe, Messaline, Sémélé, Oedipe et la Sphynx qui peuplent les murs jusqu’au plafond et qui apportèrent très tôt la célébrité à Gustave Moreau.

Jupiter et Sémélé ǀ © Thérèse Hilbold

Celui que le poète Jean Lorrain a qualifié de « maître sorcier » admirait Palissy, Raphaël, Poussin et Chassériau. Il a passé deux années (1857-1859) à Rome, aux sources de l’art, multipliant les copies (peinture, aquarelles, sanguines, sculptures) d’après des modèles vivants, des sculptures antiques et des maîtres de la Renaissance.

Mais Moreau est aussi sensible au monde extérieur et à la vie politique. Il est meurtri par la défaite de la France en 1870 face aux Prussiens et sa peinture rend hommage à « la France vaincue » et à la résurrection de sa patrie. Les thèmes du catholicisme sont également très présents.

Ce qui est fascinant, dans les œuvres de Gustave Moreau, c’est cette accumulation de détails, le grouillement de personnages, les architectures fantastiques : on y voit des femmes somptueusement coiffées et parées de bijoux et d’étoffes remarquables, des palais fantastiques d’inspiration chinoise, indienne, médiévale ou antique, des animaux fantasmagoriques, des nus d’une très grande beauté. Ses compositions sont marquées par la perfection des formes, des couleurs éblouissantes, une atmosphère de rêve…

Un détail de La Fée aux griffons ǀ © Thérèse Hilbold

On admirera particulièrement la pièce maîtresse du musée, L’Apparition (1876-1898) : on y voit la tête coupée de Jean-Baptiste, en lévitation, dans un temple monumental, rappelant une tête de Christ. Au premier plan, Salomé, revêtue de ses seuls bijoux, semble effrayée par l’apparition de cette tête qui semble lui reprocher son crime.

Quant à moi, je suis encore plus touchée – si c’est possible – par un « Moïse sauvé des eaux », peint très rapidement en 1893, avec des rouges et des noirs flamboyants, et par les quelques peintures abstraites peintes par Moreau à la fin de sa vie dans une débauche de couleurs…

Informations pratiques :
Musée Gustave Moreau
14, rue de la Rochefoucauld
75009 PARIS
tel. : 01 48 74 38 50
Métro : Trinité

Heures d'ouverture :
Les lundi, mercredi et jeudi : de 10 à 12h30, de 14 à 17h
Les autres jours : de 10 à 17h
Fermeture le mardi

Entrée gratuite jusqu'à 26 ans, gratuit le premier dimanche de chaque mois
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