Albert Kahn : le jardin japonais © Thérèse Hilbold

Le musée et le jardin Albert-Kahn : un sanctuaire pour la paix mondiale

Publié le 16/04/2014 par theresehilbold

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Albert Kahn était un banquier humaniste du début du 20e, animé par un idéal de paix universelle. Immensément riche, avant de mourir ruiné par la crise de 1929, cet homme qui était tout à la fois philanthrope, pacifiste, hygiéniste, passionné de sciences, mélomane et féru de botanique a consacré pendant 30 ans sa fortune et son énergie à des projets grandioses et humanitaires : un jardin « à scènes » féérique, une collection de photos et de films documentaires unique au monde, un laboratoire de biologie pour lutter contre la syphilis et la tuberculose…

Un « jardin-mappemonde »

Aujourd’hui, c’est toujours un ravissement de se promener dans le jardin qu’il a créé à Boulogne-Billancourt, au gré des saisons et des mises en « scènes » champêtres et sylvestres, empruntant thèmes et végétaux au monde entier.

D’abord, on pénètre dans le village japonais avec son pavillon de thé et ses deux maisons traditionnelles en papier. On y voit une « mer de mousse », des « îles de rochers », une « cascade d’azalées ». Tout est prêt pour une cérémonie du thé à laquelle vous êtes conviés deux ou trois fois par mois…

A quelques pas de là, le jardin anglais offre ses pelouses fleuries, ses grands arbres, sa cascade, dans un style « paysager » apparemment naturel mais très étudié. Surtout prenez le temps de vous pencher au dessus de l’eau pour admirer les bataillons de poissons dorés, pour écouter l’eau ruisselante.

Vue sur les cerisiers en fleurs, au début du printemps © Thérèse Hilbold

A côté de la grande serre se trouve un jardin à la française de style « régulier », avec ses tonnelles de rosiers, ses parterres géométriques.

Derrière la serre, sidération : on se retrouve dans une véritable forêt vosgienne, avec son versant alsacien et son versant lorrain. Grands blocs de grès, sapins immenses, dénivelés, sentiers creux, fougères…, on s’y croirait. L’oeil du chasseur de champignons se met en alerte, en quête de quelques cèpes et girolles !

Pour créer cette partie du jardin qui lui était particulièrement chère – Albert Kahn était originaire de Marmoutier, au pied des Vosges –, le banquier expédia en Alsace son paysagiste et son chef jardinier avec la mission de choisir soigneusement le grès et les végétaux devant être utilisés pour reconstituer le paysage. Des wagons spéciaux furent affrétés pour transporter les grands arbres et les énormes blocs de granit.

Un peu plus loin, la forêt bleue avec ses cèdres de l’Atlas et ses épicéas du Colorado, puis encore la forêt dorée avec ses bouleaux pleureurs évoquent d’autres parties du monde qui coexistent dans un univers en paix.

Ces différentes forêts, totalement dévastées par la tempête de 1999, ont été restaurées à grand frais, et les dégâts n’y paraissent plus.

La "forêt bleue", avec ses cèdres de l'Atlas et ses épicéas © Thérèse Hilbold

La visite s’achève – ou commence – par le nouveau jardin japonais, créé en 1989 par le paysagiste japonais Fumiaki Takano et cofinancé par un mécène japonais. Ce jardin, où l’eau joue un rôle majeur, est une métaphore de la vie d’Albert Kahn et rend hommage au banquier. On peut y discerner le Yang (axe de la vie), le Yin (axe de la mort) et l’axe féminin-masculin. On peut aussi s’installer sur les pierres, au milieu de l’eau, et observer les évolutions des énormes poissons multicolores.

L'axe de vie (Yang) du jardin japonais contemporain (cône en galets, courant d'eau). Créé en 1988-90, il a remplacé l'ancien jardin japonais presque entièrement disparu © Thérèse Hilbold

Pour mieux connaître les secrets botaniques de ce jardin aux multiples facettes, on peut s’inscrire à l’une des visites guidées organisées par des conférenciers paysagistes. Mais de toute façon, il est préférable d’éviter les périodes de grande affluence d’avril à septembre, les dimanche et jours fériés.

Un musée en mutation : projet-phare pour 2017

Albert Kahn a légué une masse considérable d’images et de films à la postérité : 4.000 plaques stéréoscopiques (photos noir et blanc en relief), 72.000 plaques autochromes (premier procédé de photo couleur, la plus importante collection mondiale de ce ce type), et 180.000 mètres de film noir et blanc muet, soit environ 100 heures de projection.

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