L'immense nef Curial, vue de la passerelle © Thérèse Hilbold

Le Centquatre, un lieu de culture grand ouvert sur les 18e et 19e arrondissements

Publié le 31/01/2014 par theresehilbold

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Le Centquatre, en à peine trois ans, est devenu un des lieux de culture les plus « hype » de la capitale, répondant au double défi d’accueillir avec enthousiasme les habitants des quartiers populaires des 18e et 19e arrondissements tout en se hissant à la pointe de la création artistique, à un niveau international.

Musique, danse, arts plastiques, cuisine, lecture, troc de CD, DVD et vinyles, arts circassiens, éveil artistique pour les tout-petits, ateliers de menuiserie, laboratoires numériques, marché bio : on y trouve de tout, pour tous les goûts et tous les âges. On peut aussi y louer pour pas cher des salles pour se marier, des espaces pour se réunir en association, pour répéter des spectacles, pour des activités artisanales, ou artistiques amateurs…

Le stand légumes du marché bio, ouvert tous les samedis jusqu'à 14h00 © Thérèse Hilbold

On y croise des célébrités comme le comédien Mathieu Amalric, mais aussi de nombreux jeunes du quartier qui s’entraînent au hip-hop, aux jeux du cirque, au jonglage ou à la boxe asiatique. On peut passer un samedi après-midi entier dans l’immense nef Curial à regarder les ados et les moins jeunes s’exercer par petits groupes devant des miroirs verticaux, – ce qui est désigné par le terme « pratiques spontanées » .

On peut pratiquer soi-même, sous la conduite d’un professeur, le wutao, cette discipline « énergétique » qui tient un peu du Qi Gong, du Tai-chi et du yoga et qui requiert souplesse ondulatoire de la colonne vertébrale et concentration sur le souffle (entrée libre, pas d’inscription à l’avance).

 Des pompes funèbres de 1873 à la ruche culturelle d’aujourd’hui 

Le Centquatre, c’est d’abord un gigantesque bâtiment de brique, avec de hautes verrières, deux halles, des ateliers, des écuries transformées en garages, le tout sur 16.000 m2.

Edifié en 1873 par le diocèse de Paris, c’était alors un service de pompes funèbres qui n’enterrait que des catholiques bon teint : en étaient exclus les « mauvais citoyens » tels que les suicidés, les divorcés, les comédiens, les prostituées, les renégats…

En 1905, la séparation de l’Eglise et de l’Etat a permis d’instituer sur ce site un service de pompes funèbres municipal pour tous les Parisiens, sans distinction de religion ou de statut.

Les pompes funèbres restent un monopole de la municipalité jusqu’en 1993, une date qui marque inexorablement le déclin du site puis sa fermeture définitive en 1998.

Des jeunes en pleine "pratique spontanée" © Thérèse Hilbold

Au plus fort de son activité, 27.000 corbillards par an – une centaine par jour -, partaient de ces bâtiments où travaillaient 1.400 personnes et où plus de 300 chevaux étaient entretenus pour tirer des corbillards. Les chevaux ont été remplacés par des automobiles en 1928.

Des centaines de menuisiers, carrossiers, mécaniciens, couturières, peintres et maçons étaient employés dans ces services, sans compter les coiffeurs, cireurs, la cantine et les fonctionnaires travaillant dans les bureaux d’étude.

Après la fin du monopole municipal des pompes funèbres, une âpre bataille politique a opposé les partisans de la démolition du site et de la construction de HLM, et les partisans de la préservation de ce patrimoine et sa transformation en centre culturel municipal. Les bétonneurs ont perdu, et le site est inscrit  en 1995 à l’inventaire supplémentaire des Monuments historiques, ce qui le sauve définitivement des menaces de démolition.

En 2001 est lancé un ambitieux projet de réhabilitation. Après des travaux qui ont coûté 100 millions d’euros  au contribuable parisien – le prix d’un avion de combat Rafale, si on veut relativiser ! -, le site s’ouvre au public en 2008.

Il a des débuts  hésitants, mais la nomination en 2010 d’un nouveau directeur, José-Manuel Gonçalvès, emballe la machine et le succès artistique et populaire du Centquatre fait maintenant bien des envieux.

 Le Centquatre aujourd’hui

Le Centquatre est ainsi baptisé parce qu’il donne d’un côté sur le n°104, rue d’Aubervilliers. Mais aujourd’hui, son entrée principale, la plus fréquentée, est  à l’opposé, au n°5 de la rue Curial, là où se trouvent les cités, les grandes tours, les quartiers les plus vivants.

Majestueuse entrée du Centquatre, du côté du 5 rue Curial © Thérèse Hilbold

Entre 300 et 500 gamins des cités viennent ici tous les jours pour effectuer leurs « pratiques spontanées » et  s’entraîner librement dans la nef Curial ou dans la halle Aubervilliers. Sans filtrage aux entrées, sans portique de sécurité. Il y a des incidents parfois, mais ils sont rares, assure la direction. Pas plus d’une bagarre par trimestre. Car le personnel est présent, il a l’oeil et la formation adéquate, ça ne dégénère pas et les gamins se sentent chez eux…

Mais ils ne sont pas seuls, la mixité sociale fonctionne. Les artistes,  les visiteurs et spectateurs sont également présents, en grand nombre.

De 2010 à fin 2013, le Centquatre a accueilli plus d’un million et demi de spectateurs-visiteurs « et bien plus si l’on considère ceux qui y flânent, y dansent, y consomment, y jouent dans ses places ou les plateaux ouverts », résume José-Manuel Gonçalvès. Rien que pour 2012, plus de 500.000 personnes ont fréquenté le « 104 ».

Le "Café caché" © Thérèse Hilbold

En permanence, des dizaines d’artistes séjournent en résidence au « 104 », puis y présentent leurs créations. En trois ans, ce sont près de 1.000 équipes artistiques qui y ont résidé, affirme encore le directeur pour donner une idée de l’ampleur et de l’intensité de l’activité créatrice du « 104 ».

Pour visiter le site du « 104 », - à fond mais d’une manière déjantée -, nous recommandons la « visite déguidée » du comédien et metteur en scène Bertrand Bossard. C’est drôle, on ne sait jamais s’il conte la « vérité historique » ou s’il nous sert des salades, mais il mène ses visiteurs au pas de course pour leur donner un aperçu patrimonial complet des lieux, y compris les anciennes écuries.

Ensuite, on peut faire son choix entre des dizaines de spectacles et expositions à des prix allant de 0 à 35 euros. Le programme présente toutes les formes de danse, théâtre, cirque et magie nouvelle, arts visuels, musique ou de festivals.

On peut aussi flâner dans les quelques lieux commerciaux du « 104 » comme la librairie Le Merle Moqueur (20.000 références), l’appartement d’Emmaüs (un appartement-boutique solidaire où tous les objets de récup sont à vendre), l’épicerie du 104 (avec des produits bio, ouverte tous les jours), ou le marché bio (le samedi seulement). Pour se restaurer, le Café Caché, Les Grandes tables du 104  ou le camion à pizzas, le seul installé sur le territoire parisien, par autorisation spéciale des pouvoirs publics…

La vitrine de l'appartement-Emmaüs, avec son bric-à-brac solidaire © Thérèse Hilbold

Programme, calendrier, tarifs : www.104.fr

Billetterie : 01.53.35.50.00 (du mardi au vendedi, de 12h à 19h)
On peut aussi acheter des places au guichet et en ligne sur le site www.104.fr


Y aller :

Le Centquatre
5, rue Curial
75019

Métro : Riquet et Crimée (ligne 7), Stalingrad (lignes 2, 5 et 7), Marx-Dormoy (ligne 12)
Bus : lignes 54 et 60 (arrêts Crimée, Crimée/Curial, Riquet)
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