Otto Dix: Femme allongée (Madame Carlowitz), 1931 Sanguine et blanc couvrant sur papier vert Collection Michael Werner (c) ADAGP, Paris 2012 photo (c) Lothar Schnepf, Köln

La collection de Michael Werner, marchand d’art allemand, au Musée d’art moderne de Paris

Publié le 08/01/2013 par theresehilbold

Jusqu’au 3 mars prochain, le Musée d’art moderne de la Ville de Paris présente, à la faveur d’une donation exceptionnelle, une vaste exposition de près de 900 œuvres majeures issues de la collection du marchand d’art allemand Michael Werner, qui est à la fois un collectionneur, un découvreur, un mécène de notre temps, mais très certainement aussi un amoureux de Paris.

Le célèbre galeriste, installé à Berlin, Cologne, New York et Londres, a passé un contrat avec Fabrice Hergott, directeur du MAM, qui avait gagné sa confiance de longue date: en échange d’un don de près de 130 œuvres de sa collection au Musée, il avait carte blanche pour y montrer sa collection comme il le souhaitait. Et en juillet 2012, après quatre ans de difficiles négociations, le contrat était enfin signé : un don exceptionnel de 127 œuvres lui ouvrait les portes du MAM.
La donation reflète la production d’artistes contemporains extrêment divers promus et soutenus par Michael Werner tout au long de 50 ans de carrière. Ce qui relie ces artistes entre eux, ce n’est pas le goût de l’avant-garde à tout prix, mais des affinités particulières et profondes, dans leurs recherches de formes et de figures nouvelles.
Se trouvent ainsi réunis des peintures, sculptures et dessins de Marcel Broodthaers, James Lee Byars, Gaston Chaissac, André Derain, Otto Freundlich, Etienne-Martin, Robert Filliou, Antonius Höckelmann, Jörg Immendorf, Per Kirkeby, Wilhelm Lehmbruck, Markus Lüpertz, A. R. Penck, Bernard Réchichot, Niele Toroni et Don Van Vliet.

Gaston Chaissac Grande porte de bois peint, 1953 peinture sur bois Donation de Michael Werner au Musée d'art moderne de Paris (c) ADAGP, Paris 2012 photo (c) Lothar Schnepf, Köln

Le galeriste, aujourd’hui âgé de 73 ans, a démarré très tôt sa carrière et démontré tout aussi tôt son goût original et sûr pour l’art contemporain : à 24 ans, il organise une première exposition du peintre Georg Baselitz et provoque le scandale. L’exposition sera fermée pour outrage public à la pudeur, et l’oeuvre « Die grosse Nacht im Eimer » (La Grande nuit foutue) sera saisie.
Il ouvre sa première galerie personnelle un an plus tard, à Berlin, en 1964. Suivent l’ouverture de ses galeries à Cologne (1979), New York, dans l’Upper East Side (1990), et Londres (2012).
Pourquoi cette donation à Paris ? Michael Werner s’en explique : « C’est fondamentalement un choix sentimental », raconte-t-il. « En 1962, j’étais venu à Paris avec Georg Baselitz voir une exposition de Jean Fautrier qui m’a bouleversé. » « L’effet que m’avait fait cette exposition a marqué ma véritable entrée dans le monde de l’art et déterminé mon parcours », ajoute-t-il en comparant cette expérience à une « conversion religieuse ».
L’exposition rassemble une quarantaine d’artistes, surtout des Allemands – depuis Otto Dix jusqu’à Beuys ou Baselitz, en passant par Polke -, aussi des Français – les fameux Fautrier, des œuvres d’Henri Michaux, des aquarelles de Raymond Queneau. Mais aussi des Américains comme James Lee Byars et Don Van Vliet, le Danois Per Kirkeby ou le Belge, Marcel Broodthaers, poète et artiste-conceptuel. Tous ont nourri une amitié ou des liens forts entre eux, et avec le galeriste allemand qui les a soutenus depuis le début de leur carrière (mais qui s’est parfois fâché avec certains, précise le Catalogue).

Gaston Chaissac Sans titre, 1963 Collection Michael Werner (c) ADAGP, Paris 2012 photo (c) Lothar Schnepf, Köln

Surtout prendre son temps pour visiter cette très riche exposition qui ne comprend pas moins de 20 salles, et propose un panorama spectaculaire de l’art contemporain dès la première salle intitulée « La face cachée de l’Ecole de Paris : André Derain, Jean Fautrier, Francis Gruber, Gaston Chaissac », jusqu’à la dernière : « Du mot à l’image : Tomas Schmitt, Raymond Queneau ».
Pour Fabrice Hergott, cette donation constitue « le plus grand enrichissement de nos collections depuis le legs du docteur Maurice Girardin, en 1951, qui fut à l’origine de la création du Musée d’art moderne de la Ville de Paris ».
Quant à Michael Werner, « c’est l’un des rares marchands d’art à avoir construit une esthétique comme on construit un monde, à avoir élaboré un système de références visuelles et de correspondances entre des artistes de différentes générations et de différents pays », estime le directeur du MAM.

Vue de l'exposition Collection Michael Werner au Musée d'art moderne de la Ville de Paris; 2012 Photographe Pierre Antoine

PRATIQUE:
La collection Michael Werner
Musée d’art moderne de la Ville de Paris
11, avenue du Président Wilson, 75116 PARIS
Ouverture : tous les jours sauf lundi et fériés, 10h-18h (jusqu’à 22 h le jeudi)
tarifs : 9 eur/7 eur/4,50 euros
jusqu’au 3 mars 2013

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