Joseph Steib : "La dernière scène" ǀ Collection particulière, photo M. Bertola

La revanche du peintre Joseph Steib contre le régime nazi : un plat qui se mange froid…

Publiziert am 16/01/2013 von theresehilbold

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Que peut-on faire quand on est un petit employé alsacien, avec de fortes convictions patriotiques et religieuses, et qu’on est indigné par Adolf Hitler et les exactions du nazisme ? Une option risquée est de peindre des tableaux-pamphlets pour y déverser son dégoût et sa haine. C’est précisément ce qu’a fait Joseph Steib (1898-1966) dans sa petite cuisine jusqu’à la fin de la Seconde guerre mondiale, avec un talent, une férocité et une inconscience du danger proprement incroyables.

Dans son exposition L’Art en Guerre, – qui rassemble tous les grands noms de la peinture du siècle dernier, en passant par Picasso, Braque, Ernst, Giacometti… -, le Musée d’art moderne rend hommage à ce peintre  injustement oublié en France en présentant neuf tableaux hallucinants d’une série intitulée Le Salon des Rêves, peints pendant l’Occupation.

Dans ce Salon des Rêves, il caricature Hitler en Antéchrist et les dignitaires du Parti en anges du Mal dans une œuvre-maîtresse, La Dernière Scène, une parodie blasphématoire et grinçante de la dernière Cène.

Le Conquérant (1942) est un grotesque portrait du Führer à la manière d’Arcimboldo, avec le visage façonné à partir de porc, de vermine et de déjections, tandis que des slogans nazis détournés maculent ses manches et sa cape.

Joseph Steib : "Le Conquérant" ǀ Collection particulière, Strasbourg ǀ © Joseph Steib Photo © Klaus Stoeber

Le Salon des Rêves décrit aussi les terribles punitions qui attendent Hitler et les nazis brûlant en enfer et versant d’abondantes larmes (La Damnation du Führer) .

Et visiblement, en 1942 ou 43, l’artiste se délecte à l’avance de la liesse de la Libération ardemment attendue, en peignant des scènes féériques et tricolores. L’un de ses « rêves », avec un dormeur allongé au premier plan, illustre la danse de trois Grâces baptisées « Liberté, Egalité, Fraternité (1942) »

Joseph Steib "La damnation du Führer" ǀ Collection particulière, photo M. Bertola

Steib était un obscur employé du service des eaux de la mairie de Mulhouse, pianiste, boute-en-train mais d’une santé fragile, en proie à des crises d’épilepsie jusqu’à sa mise à la retraite forcée à l’âge de 45 ans, en 1943. Son  oeuvre, qui a été sauvée de l’oubli par l’érudit et collectionneur alsacien François Pétry, ancien chercheur, est loin d’être celle d’un peintre naïf à la manière du Douanier Rousseau, comme ses œuvres en forme d’ex-votos pourraient le laisser penser. Après des études à l’école de dessin de Mulhouse, il acquiert une petite réputation de peintre-miniaturiste avant-guerre et envoie régulièrement des œuvres de style naturaliste et bucolique au Salon des artistes français à Paris.

Il change totalement de style avec la menace de la guerre et l’invasion allemande dans une Alsace humiliée sous la botte nazie. Il peint en cachette, de 1939 à 1945, une trentaine de tableaux au vitriol. Ces oeuvres étaient aussitôt enveloppées et cachées dans les murs de sa maison, par peur d’une dénonciation qui aurait envoyé le peintre et sa famille dans un camp de la mort.

Les tableaux ont été exposés à la Libération, puis dispersés à la mort de la veuve de Joseph Steib en 1981. Grâce au travail de François Pétry, le peintre alsacien a été réhabilité d’abord en Allemagne avec des expositions en 1997 (Musée Charlotte Zander, Bade-Wurtemberg), 1998 (Osnabruck) et 1999 (Coblence).

Joseph Steib : "Mulhouse en liesse" ǀ Collection particulière, photo M. Bertola

Aujourd’hui, c’est au tour de la critique et du public français de redécouvrir un peintre que Georg Baselitz tenait en grande estime et dont la cote explose. En mars, toute l’exposition  de L’Art en Guerre partira pour six mois à Bilbao, au musée Gugghenheim.

L’exposition se termine le 17 février 2013.

Informations pratiques :

Musée d'Art moderne de la Ville de Paris
11, avenue du Président-Wilson
75116 Paris
tel. : 01 53 67 40 00
www.mam.paris.fr
Métro: Alma-Marceau ou Iéna
Bus: 32/42/63/72/80/92

Ouverture: mardi au dimanche, de 10h à 18h (fermeture des caisses à 17h15)
Nocturne: le jeudi de 18h à 22h pour les expositions seulement
Fermeture le lundi et les jours fériés

Tarif: 11 Eur, 8 Eur, 5,5 Eur (gratuité pour les moins de 14 ans)
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