Exposition d'objets et affiches avant une vente spécialisée sur les Jeux olympiques © Thérèse Hilbold

De 10 à 100.000 euros, les trésors de la salle Drouot à portée de rêves

Publié le 05/02/2014 par theresehilbold

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Des milliers de bijoux, livres, sculptures, vêtements de luxe ou vins millésimés sont proposés chaque jour au plus offrant, qu’il soit marchand, collectionneur ou simple particulier, à Paris, dans la salle des ventes Drouot, un lieu unique au monde. Et c’est en même temps un spectacle fascinant…



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Les objets valent de 10 euros à 100.000, ou même beaucoup plus cher, mais parfois personne n’en veut et ils sont adjoints en prime, gratuitement, au lot suivant. Ou bien ils sont retirés de la vente, car ils n’ont pas atteint le prix plancher fixé par le vendeur. Pour acquérir ces objets, il suffit d’enchérir par tranche de 10, 50, 100 ou 500 euros et d’avoir le dernier mot, avant que le commissaire-priseur abatte son marteau sur la table et s’écrie: « Adjugé ».

L'Hôtel des Ventes Drouot-Richelieu, rue Drouot (9e) © Thérèse Hilbold

Alors, un employé vous remettra à l’instant la petite bague en or gris avec un gros saphir du Cachemire que vous venez d’acquérir (ou plus modestement un bracelet jonc en or Yves Saint-Laurent), et il prendra votre chèque de 40.000 euros (ou 25 euros) ou votre carte bancaire. Aussi simple que ça.

Parfois, la bataille entre acheteurs est si intense que la salle retient son souffle car les sommes proposées s’envolent vite à des sommets vertigineux.

L’important pour les enchérisseurs novices, c’est de garder les pieds sur terre, de savoir où s’arrêter. Car pas de réussite possible sans cette science intuitive qui mêle la connaissance du marché de l’art, le bluff, l’intimidation et sans doute aussi la passion du jeu. Le gagnant est-il toujours vraiment celui qui remporte l’enchère, ou celui qui a su s’incliner juste à temps ?

Plus de 160 ans d’existence tumultueuse…

L’Hôtel des ventes Drouot a ouvert ses portes en fanfare en 1852 avec la vente prestigieuse des biens du roi français Louis-Philippe. Depuis plus d’un siècle et demi, les ventes aux enchères les plus prestigieuses ont lieu dans cette institution qui réunit aujourd’hui 74 sociétés de ventes volontaires, avec leurs commissaires-priseurs, et plus de 2.000 professionnels dédiés à la vente aux enchères.

Chaque année, 500.000 objets de toutes les époques, de tous styles et de toutes valeurs sont proposés à la vente aux enchères. Avant les ventes, les objets sont exposés dans 20 salles où les 5.000 visiteurs quotidiens de Drouot peuvent venir les contempler pour éventuellement les acquérir le moment venu.

Le clou de la vente des objets olympiques : une des 33 torches des Jeux olympiques d'hiver de Grenoble (1968). Estimée entre 30.000 et 40.000 euros, elle a été adjugée à 125.000 euros, le 29 janvier 2014 © Thérèse Hilbold

Parmi les ventes les plus remarquables figurent les oeuvres des ateliers Delacroix et Ingres (1864, 1867), la dispersion des tableaux de la succession Gustave Courbet (1881), la succession Edouard Manet (1884), la collection des frères Goncourt (1897), la vente de l’atelier Edgar Degas, les souvenirs et bijoux du Tsar Alexandre II, la succession de la princesse Soraya, celle de Brassaï et celle du Mime Marceau (2009) , la collection Jacques Prévert (juin 2010), les souvenirs et célèbres canotiers de Maurice Chevalier (décembre 2013)…

Ces enchères sont dites « publiques » car tout le monde peut y assister en spectateur, enchérir et acheter. Le prix est réputé « juste » car il résulte de la confrontation de l’offre et de la demande, au vu de tous.

La tradition française de ces enchères publiques repose sur le professionnalisme des commissaires-priseurs, dont la formation et l’activité sont strictement encadrés par la loi. Par exemple, les commissaires-priseurs engagent pendant cinq ans leur responsabilité sur l’authenticité de l’objet vendu, tel qu’il est décrit dans le catalogue de vente. Ils dressent des inventaires en vue d’une vente en cas de succession ou de partage.

Publicité pour des cycles avec le vainqueur olympique © Thérèse Hilbold

Et ils sont étroitement surveillés par le Conseil des ventes volontaires, – les gendarmes du marché de l’art -. Ce qui limite les dérives qui ont mené à la suspension récente d’un grand marchand parisien et deux commissaires-priseurs. Il leur était reproché d’avoir vendu des biens leur appartenant sans en informer le public (ce qui est strictement interdit) et d’avoir organisé des ventes fictives à des fins publicitaires…

Les dérapages dans ce milieu feutré sont extrêmement rares mais provoquent à chaque fois des scandales retentissants. Comme l’affaire des « Savoyards », le surnom des commissionnaires de l’Hôtel Drouot (une centaine), qui régnaient en maîtres depuis 1860 sur le stockage, le transport, la protection, la mise en place des objets mis en vente. En 2010, une enquête judiciaire a montré qu’une vingtaine de ces Savoyards, aussi appelés « Cols rouges » d’après leur uniforme, s’étaient frauduleusement enrichis en volant et revendant des tableaux, diamants, bijoux prétendument perdus.

Après la condamnation des trafiquants, les gendarmes du marché de l’art ont mis fin au monopole plus que centenaire des Savoyards, contraignant l’Hôtel des ventes à embaucher d’autres commissionnaires.

Mais la vie tumultueuse de l’Hôtel des ventes Drouot est aussi agitée par des affaires qui ne sont pas pénales, mais éthiques, ou politiques. Telle la vente en avril 2013 des 70 masques de la tribu amérindienne Hopi originaire d’Arizona, qui a été autorisée par la justice française malgré les appels de la tribu qui réclamait la restitution d’objets volés considérés comme sacrés. Les nombreux opposants à cette vente ont évoqué une enchère marquée par beaucoup d’incompréhension, d’ignorance et de cynisme. Comme si la justice des Hopis autorisait la vente du Saint Suaire de Turin, ou de la Pierre noire de la Mecque…

Robes de collection dans une salle de Drouot-Richelieu © Thérèse Hilbold

Autre « affaire » qui a fait polémique : le retrait de la vente d’une copie manuscrite des « Mémoires d’outre-tombe » de Chateaubriand, et sa cession, de gré à gré, pour un prix non dévoilé, à la Bibliothèque nationale de France. Le manuscrit de 3.514 pages, en dix volumes, copié par des secrétaires et signé par Chateaubriand, avait été estimé entre 400.000 et 500.000 euros. Et il a donc été acquis avec de l’argent public mais le public n’en saura jamais le prix…

 Le calendrier des ventes

Les professionnels des ventes aux enchères et les collectionneurs savent bien que les ventes les plus prestigieuses, à Drouot comme au niveau international, ont lieu dans la période d’avril-mai-juin, et dans celle de novembre-décembre. Mais, tout comme les novices, ils étudient de très près le calendrier des ventes de Drouot et des revues spécialisées telles que La Gazette Drouot.

On y apprend par exemple que le 12 mars 2014, un exceptionnel violoncelle du célèbre luthier allemand Michael Platner (18e siècle), estimé entre 100.000 et 150.000 euros, sera vendu aux enchères avec un lot de harpes anciennes.

Quelques jours plus tard, une importante vente sera consacrée exclusivement à la variété et à la chanson française, avec notamment des lunettes de scène de Michel Polnareff, le slip-ceinture à bananes de Joséphine Baker (Bobino 1975), et des disques d’or ou de diamant de Michel Sardou, Johnny Halliday et Mike Brandt.

Un lot de bijoux de fantaisie © Thérèse Hilbold

Le 28 mars, plusieurs chefs d’oeuvre de l’art précolombien seront mis en vente pour des prix estimés allant jusqu’à 300.000 euros.

Les amateurs, marchands et collectionneurs ont le choix entre plusieurs procédures pour participer aux enchères : soit ils se déplacent physiquement pour assister à la vente, soit ils participent par téléphone, soit ils enchérissent via internet, par le biais du site DrouotLive.

En 2013, près de 50.000 personnes du monde entier (USA, Chine…) s’étaient inscrites à DrouotLive, soit une progression de plus de 70% par rapport à 2012. Du coup, le nombre des objets adjugés sur la plateforme a progressé de 200%. Plus de 50% des adjudicataires sont étrangers, précise le groupe Drouot.

En 2013, les ventes se sont élevées au total à 407 millions d’euros, avec neuf enchères supérieures à un million d’euros et 19 records mondiaux. L’enchère phare a été 4,647 millions d’euros pour le « Cortège de l’impératrice Wu Zetian »(dynastie Tang 618-907).

Entrée de la salle des ventes de Drouot-Montmartre (18e), un bon plan pour se meubler à petit prix... © Thérèse Hilbold

PRATIQUE

Le site www.drouot.com apporte toutes les informations pratiques concernant les ventes, avec un calendrier des ventes pour les 15 jours à venir, des catalogues en ligne, la visite du contenu des salles d'exposition

Les ventes aux enchères Drouot se font dans 20 salles sur trois lieux.

- Drouot-Richelieu
16 salles consacrées aux tableaux, meubles et objets d'art
9, rue Drouot, 75009 Paris
01 48 00 20 20
Ouverture : du lundi au samedi, de 11 à 18h00

- 12-Drouot
Espace d'exposition
12, rue Drouot , 75009 Paris

- Drouot-Montmartre
Deux salles pour les ventes de mobilier et objets courants
64, rue de Doudeauville, 750018 Paris
01 48 00 20 99

- Drouot-Véhicules
Une salle consacrée aux ventes de véhicules légers, poids-lourds et engins de chantier
17, rue de La Montjoie,
93210 – La Plaine-Saint-Denis

 

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